John Wayne, un héros malgré lui .

Dr. Philipe de Salle

 

Inutile de présenter le célébrissime acteur de western devenu le symbole des vertus américaines. Si tous le monde connaît   cet étendard d’une Amérique forte et glorieuse, en revanche peu savent  que ce patriote ultra conservateur est mort pour …sa patrie.

Un film maudit : « Le Conquérant »

Parmi la longue filmographie qui fit sa gloire, il existe un film atypique, un film maudit : « Le Conquérant ». Ce film, mal accueilli par la critique et boudé par le public est rarement programmé sur les chaines télévisées.  Il mérite toutefois d’être classé « inoubliable » car l’histoire de son tournage est   totalement inimaginable.

Les exploits belliqueux de Gengis Khan

En 1953, le scénariste Dick Powell contacte John Wayne pour tenir le rôle principal d’un film historique relatant les exploits belliqueux de Gengis Khan.  Il s’agit d’une super production d’Howard Hugues au casting prestigieux pour l’époque (Agnès Moorehead, William Conrad, Lee van Cleef, Susan Hayward.)
En pleine guerre froide, il est impensable de tourner en Mongolie soviétique.  Aussi  après avoir réalisé des repérages  dans plusieurs  états américains, on retient  le sud ouest de l’Utah  qui offre non seulement  une certaine similitude avec les steppes mongoles   mais  qui abrite aussi,  à  proximité du désert de l’Escalant, une réserve d’indiens  toute prête à jouer la figuration  des hordes mongoles.

Une série d’essais nucléaires

Mais a 220 km du lieu du tournage, dans le désert du Nevada, sur le site appelle Yucca Flat, le gouvernement américain a démarré une série d’essais nucléaires qui s’échelonneront de 1951 à 1958. Rien qu’en 1953, 11 essais nucléaires seront procédés et notamment le « Climax »  une bombe de 61 kilotonnes. (Soit plus de 4 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima)

A cette époque, si les scientifiques sont déjà convaincus des effets nocifs des radiations, le grand public, lui est maintenu dans l’ignorance la plus totale.

Subir une irradiation 400 fois supérieure aux doses seuils admises.

L’équipe du film « The Conqueror »  va rester trois mois  à 137 miles de l’épicentre  de ces essais nucléaires  et subir une irradiation 400 fois supérieure aux doses seuils admises. Dans ces régions arides et nues les vents sont souvent soutenus et violents et les tempêtes de sable ne sont pas rares. En termes d’efficacité, on ne peut rêver mieux comme moyen de propagation des particules ionisantes.  Apres le tournage, les techniciens vont encore prélever   60 tonnes de sables irradiés pour les studios hollywoodiens afin de peaufiner quelques scènes intimistes et contaminer de facto   ceux qui n’avaient pas encore absorbés la dose létale.

Le « bide » est… total. 

 Le film sort l’année suivante.  Le « bide » est… total.  L’entreprise, un gouffre financier, le film, un désastre sur le plan artistique. Taxé d’anticommuniste, il n’est pas distribué dans toute la sphère d’influence soviétique. Le déficit se chiffre en millions de dollars et met un terme aux productions d’Howard Hughes. Ses effets théâtraux, ses dialogues verbeux, son scénario pompeux, ses habillements ridicules le classent parmi les 50 plus mauvais films de tous les temps.

Véritable flambée d’affections néoplasiques

Toutefois l’aspect artistique ou économique n’a franchement rien de préoccupant, Hollywood en a vu d’autres.  Si le film est   taxé de « maudit » c’est suite à une véritable flambée d’affections néoplasiques qui frappent mortellement l’ensemble des participants, acteurs et techniciens confondus.

Le magazine « People » dénombre en 1984, 150 victimes de cancers sur les 220 participants.

La survenue des affections s’étale sur les trois décennies qui suivent le tournage et il est très vraisemblable que la trop forte ionisation du site de Yucca Flat en soit la cause directe.

Parmi la longue liste des victimes, il faut citer le réalisateur Dick Powell, mort à 59 ans d’un cancer généralisé.  Victor Young, co-scénariste et auteur de la bande du film décède à 56 ans de la même affection.  Thomas Gomez subit un sort semblable à 56 ans, 8 ans après le tournage.  Agnès Moorehead, atteinte d’un cancer pulmonaire disparaît à 68 ans.  Susan Hayward s’éteint suite à un cancer du cerveau à 56 ans.

« une bataille sans son colt »

John Wayne, subit une pneumectomie suite à un cancer pulmonaire à 57 ans. Il se bat pendant de longues années avec la maladie et tournera encore 18 films avec une bonbonne d’oxygène. L’affection s’étend lentement vers l’estomac et se complique d’accidents cardiaques, il résiste le plus longtemps possible « une bataille sans son colt » dit-il. L’éternel cow-boy à l’imposante carrure et à la mâchoire carrée, finit par s’écrouler à 72 ans.

Ennemi viscéral du communisme, bras droit du maccarthysme

Ainsi, l’homme qui s’est vu reproché de ne pas s’être engagé comme combattant pendant la seconde guerre mondiale, a passé sa vie a se racheter en exaltant au travers de ses personnages, la bravoure, la force, et la droiture. Ces valeurs, il a fini par les personnifier, les incarner et se croire devenu au cinéma comme dans sa vie privée le patriote exemplaire. Ennemi viscéral du communisme, bras droit du maccarthysme, il a financé lui-même le film « Les Bérets Verts », un hymne aux combattants partants pour le Vietnam.

Héros au grand écran, il a fini mais sans le savoir, par le devenir dans sa vie privée comme victime expiatoire de l’expérimentation nucléaire commandité par sa chère patrie.

 

Dr. Philippe de Salle
Président AMPGN-Belgium